jeudi 16 avril 2026

Bartholdi, Champollion et le sphinx - monuments publics en débat

 

Le Monument à Jean-François Champollion d’Auguste Bartholdi, chef-d’œuvre -acquis par l’Etat et dressé depuis 1878 dans la cour d’honneur du Collège de France-, rejoint le musée Camille Claudel lors de ce printemps 2026…

Par Marina Lempert

À cette occasion, une exposition met en lumière l’histoire de cette statue, les liens de Bartholdi avec l’Égypte, et plus largement la passion pour les monuments publics au tournant du 20ème siècle, dont certains font aujourd’hui débat.

« Le Monument à Jean-François Champollion » est l’une des œuvres les plus singulières d’Auguste Bartholdi -1834-1904-, sculpteur mondialement connu pour avoir conçu « La Liberté éclairant le monde », offerte par la France aux États-Unis. Réalisé en marbre, le monument ne peut plus, pour des raisons de conservation, rester exposé en plein air. Le Centre national des arts plastiques, qui en assure la gestion pour le compte de l’État, a donc décidé de le mettre à l’abri et le Collège de France procédera à son remplacement par une épreuve en résine destinée à l’extérieur. En raison de la richesse de ses collections, dominées par la sculpture française de la IIIe République et marquées par une forte présence de monuments publics, le musée Camille Claudel a été choisi pour accueillir l’œuvre originale. Celle-ci rejoindra la salle consacrée à la sculpture dans l’espace public, et dialoguera avec les nombreuses œuvres d’artistes de la même génération exposées au musée de  Nogent-sur-Seine, dont Camille Claudel et Auguste Rodin.


Jean-François Champollion -1790–1832-, linguiste et égyptologue, est célèbre pour le déchiffrement des hiéroglyphes à partir de la pierre de Rosette, ce qui fait de lui le père de l’égyptologie moderne. En concevant un monument à sa mémoire, Bartholdi ne célèbre pas seulement un savant, mais il crée une figure héroïque, incarnation de la conquête du savoir et de la fascination pour l’Orient. L’exposition montre ainsi comment Champollion devient, à travers la sculpture, un héros moderne au cœur des imaginaires du 19ème siècle. Né à Colmar, Auguste Bartholdi est profondément marqué par ses voyages, et par l’Égypte en particulier. Il a l’idée d’ériger un monument à Champollion au cours du voyage en Égypte qu’il entreprend encore tout jeune homme. En 1866, il convainc le maire de Figeac, ville natale du savant, de lancer le projet. Malgré l’échec de la souscription publique, il le poursuit avec obstination jusqu’à l’inauguration du monument au Collège de France en 1878. Champollion y est représenté en costume bourgeois, drapé d’un burnous, posant le pied sur une tête de sphinx, tel un moderne Œdipe ayant résolu l’énigme. 

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Alors qu’elle était limpide pour les contemporains du sculpteur, cette métaphore du déchiffrement des hiéroglyphes est aujourd’hui largement oubliée. À la lumière des relectures critiques de l’histoire coloniale, d’autres images s’imposent, comme celle de David vainqueur de Goliath, ou d’un savoir occidental triomphant d’une civilisation représentée par le sphinx. « Le Monument à Champollion » illustre ainsi la manière dont la compréhension d’une œuvre évolue avec les codes iconographiques et les sensibilités politiques, et comment les monuments peuvent devenir porteurs de débats qui dépassent les intentions de leurs auteurs.

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L’exposition, conçue en deux volets, est d’abord consacrée au « Monument à Champollion » et aux liens de Bartholdi avec l’Égypte. Grâce au soutien du musée Bartholdi de Colmar, elle réunit dessins préparatoires, maquettes, archives et œuvres illustrant la fascination de l’artiste pour l’Égypte et l’Orient, ainsi que le contexte de la commande et les enjeux esthétiques, politiques et symboliques de l’œuvre. Ce parcours retrace la genèse du monument, son installation au Collège de France et l’évolution de sa réception, montrant comment une œuvre née dans un contexte historique précis suscite, avec le temps, de nouvelles lectures et controverses.


Le second volet se déploie au cœur du parcours permanent du musée et évoque notamment deux rendez-vous manqués de Camille Claudel avec le monument public : « le Buste de la République », que sa ville natale Fère-en-Tardenois envisage de lui commander au début de sa carrière, et le « Monument à Blanqui », dont elle refuse la commande alors qu’elle lutte contre la maladie et qui est finalement confié à Aristide Maillol.

Les collections du musée Camille Claudel dialoguent avec des prêts extérieurs pour explorer la « statuophilie » – cette passion pour les statues et monuments publics qui marque la France de la IIIe République ; en abordant les processus de commande, les étapes d’élaboration, la réception des œuvres et les débats contemporains. En confrontant aussi œuvres, archives, photographies et textes, l’exposition montre comment les monuments publics sont des objets vivants, au cœur de tensions entre mémoire, fierté, identité, oubli ou contestation, et interroge la manière dont nous regardons aujourd’hui les monuments qui façonnent nos espaces publics.


Avec le soutien exceptionnel du Musée Bartholdi de la Ville de Colmar et du Centre national des arts plastiques.Exposition temporaire jusqu’au 19 juillet 2026. Fonds permanent : Le musée Camille Claudel, Résidence d’artistes également, rassemble une collection de plus de 250 œuvres. Résidence d'artistes également. Adresse : Musée Camille Claudel-10 Rue Gustave Flaubert- 10400 Nogent-sur-Seine- Tel. +33 (0) 3 25 24 76 34- www.museecamilleclaudel.fr

 Y aller :

Depuis Paris : par le train : au départ de la gare de l’Est, trajet de 55 minutes puis 10 min à pied jusqu’au musée. Par la route : 1h20 par la Nationale 4 ou par l’A4 et la Départementale 231

Légendes Photos : Frédéric-Auguste Bartholdi, Champollion, 1875, Centre national des arts plastiques © Alain Guilleux. Crédit Photos : Musée Camille Claudel.


 

 


 

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