jeudi 5 avril 2018

Le Louvre Abu Dhabi explore l'histoire de la représentation sphérique du monde

Le Monde en sphères, exposition dont la conception scientifique est assurée par la Bibliothèque nationale de France (BnF), a ouvert au public le 23 mars et se tiendra jusqu’au 2 juin 2018...



La deuxième exposition temporaire du Louvre Abu Dhabi explore l'histoire de la représentation sphérique du monde et de ses instruments scientifiques depuis l'Antiquité jusqu’à nos jours à travers 160 œuvres issues des riches collections de la Bibliothèque nationale de France et de prêts exceptionnels.

Plus d’une quarantaine de globes et sphères, des vestiges archéologiques rares, de riches traités manuscrits ou imprimés, des astrolabes et de somptueuses mappemondes, invitent les visiteurs du Louvre Abu Dhabi à parcourir les 2500 ans de cette histoire des sciences et des représentations du monde. Le commissariat de cette exposition a été confié à Catherine Hofmann, conservateur en chef de la Bibliothèque nationale de France (BnF) et François Nawrocki, conservateur en chef et directeur adjoint de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris.

Le Louvre Abu Dhabi retrace la quête de l'humanité pour comprendre et explorer le Monde dans sa deuxième exposition temporaire, qui vient d’ouvrir le 23 mars. La scénographie originale de l’exposition conçue sous forme de sphères par Laurence Fontaine guide le visiteur dans un parcours chronologique de l’Antiquité à nos jours. Dans la salle d’introduction où sont exposés les majestueux globes de Vincenzo Coronelli et la sphère armillaire de Jérôme Martinot, les artistes Jean-Luc et Patricia Boivineau ont réalisé une interprétation artistique des étoiles et des constellations qui peuvent être observées dans le ciel d’Abu Dhabi en hiver.

La première partie de l’exposition est consacrée aux origines antiques, dans lequel les savants et les philosophes grecs du VIe siècle avant notre ère ont imaginé un univers composé de sphères imbriquées portant les planètes et les étoiles. Aristote a noté l'ombre circulaire de la Terre sur la Lune qui corrobore l'hypothèse d'un monde sphérique. Les premiers globes et sphères furent produits à partir du quatrième siècle avant notre ère ; l’exposition présente sous la forme d’une petite sphère céleste en argent, datant de 200 avant notre ère et mesurant seulement 6,4 cm de diamètre, le plus ancien exemple connu à ce jour. Pétri des cultures de l'Egypte ancienne, de la Perse et de Babylone, promu par les plus grands philosophes antiques, de Platon à Aristote, et développé par les savants de la période hellénistique, tel Claude Ptolémée (Egypte, IIe siècle), ce modèle de l’univers a irrigué la connaissance du monde pendant plus de 1500 ans, dans les civilisations romaine, islamique ou chrétienne. De rares vestiges archéologiques tel le planisphère céleste de Bianchini prêté par le Musée du Louvre, de nombreuses monnaies romaines, de précieux manuscrits arabes et latins, en portent un éloquent témoignage dans l'exposition.


Du VIIIe au XVe siècle, les astronomes du monde arabo-musulman furent à la pointe de la recherche en astronomie. Globes célestes et astrolabes étaient alors parmi les instruments scientifiques les plus répandus en terres d’Islam, de l’Andalousie musulmane à l’Inde moghole. Quelques-uns parmi les plus anciens sont présents dans l’exposition : l’astrolabe d’Ahmad ibn Khalaf  (Iraq, Xe siècle), les sphères d’Ibrahim ibn Said al-Sahli al-Wazzan (Espagne, XIe siècle) et Yunus ibn al-Husayn al-Asturlabi (Iran, 1144). Permettant la régulation du calendrier lunaire, la détermination des cinq temps de la prière ou l’orientation du croyant en direction de La Mecque (qibla), la connaissance des mouvements du Ciel était essentielle au respect des prescriptions religieuses en Islam. Dans l’Occident chrétien, le renouveau scientifique se fit essentiellement à partir du Xe siècle grâce aux grands centres de traductions arabo-latines de l’Espagne musulmane, comme Cordoue ou Tolède. Au XIIe siècle, la redécouverte d’Aristote et de l’Almageste de Ptolémée tout comme la traduction du Kitâb suwar al-kawâkib al-thâbita (Traité des étoiles fixes) du Persan Abd al-Rahman al-Sufi renouvelèrent profondément les bases du savoir astronomique en Occident. L’exposition présente une rare traduction latine illustrée de ce traité, le Liber de locis stellarum fixarum (Italie, XIIIe siècle).

Acceptée depuis longtemps par les personnes les plus instruites, l'hypothèse de la forme sphérique de la Terre se diffuse alors plus largement dans la société, comme le montre L'Ymage du monde de Gossuin de Metz, traité de vulgarisation en français.

Au temps des grandes découvertes et des explorations, les globes deviennent à la fois un outil permettant aux navigateurs de parcourir le monde et un moyen de faire connaître leurs nouvelles découvertes, comme le montrent des globes terrestres uniques et rarement exposés du temps des grands voyages de Christophe Colomb et de Magellan. Le savoir des géographes, ajouté à celui des astronomes, forme la base de la cosmographie, une discipline majeure au XVIe siècle. Si les voyages et le commerce ont permis d'élargir les horizons des Européens et d'enrichir leurs visions du monde, ils ont aussi permis d'exporter ces visions vers d'autres continents, à l'exemple d'une tapisserie en laine et en soie de la Manufacture de Beauvais dite « Les Astronomes » de l’ensemble l'Histoire de l'Empereur de Chine et de l’un des paravents Namban de la collection du Louvre Abu Dhabi. Les globes terrestres et célestes deviennent alors des objets domestiques et prennent dans les arts une grande variété de formes artistiques et de significations symboliques, y compris de superbes gravures et peintures, et des médaillons tels que l'Assiduité du roi Louis XIV à ses conseils (1661).

L'exposition se termine par les sphères en révolutions, aux XVIIe et XVIIIe siècles, lorsque les savants remettent en cause les fondements classiques de cette théorie. Le Soleil prend la place de la Terre au centre de la sphère céleste. Avec les nouvelles découvertes des astronomes à l’aide de télescopes toujours plus gigantesques et puissants, avec la loi de Newton et les théories révolutionnaires des savants des Lumières posant les jalons de l’astrophysique, les vieilles frontières de l’Univers explosent. Sur la Terre, les expéditions de Maupertuis en Laponie et de La Condamine au Pérou, puis de La Pérouse en Océanie – commémorée par le fameux tableau de Monsiau, des collections du château de Versailles – révèlent la véritable forme et les dimensions réelles de notre planète, tandis que la connaissance de ses parties les plus lointaines se précise. Au XIXe siècle, les méthodes de production sont améliorées et les globes terrestres deviennent des objets de tous les jours, déclinables sous toutes les formes, des minuscules globes de poche aux bâtiments colossaux tels que le Grand Globe Céleste de l’Exposition Universelle de Paris de 1900, construit à côté de la Tour Eiffel. Parallèlement, les artistes empruntent et réinterprètent la forme de notre planète vue de l’espace, dont l’image est devenue populaire bien avant la conquête spatiale et les célèbres photographies du programme Apollo – comme on peut le voir par exemple avec le film de Georges Méliès Le Voyage dans la Lune ou le spectaculaire tableau Réflexion d'un œuf d'or d'Alain Jacquet. Les globes continuent aujourd’hui encore à être des objets porteurs de multiples sens symboliques et des sources d’inspiration.


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