C'était un vieux pont de pierre, un de ces ouvrages, solide et beau, qui paraît narguer le temps. La Loire s'écoulait entre ses arches multiples, d'une
eau paresseuse à peine troublée par cet obstacle que l'homme avait soudain placé sur son chemin. Les premiers rayons du soleil la couvrait de reflets d'or, comme la caresse chaleureuse de celui qui vous réveille, au matin, quant on sort du froid de la nuit. J'aime toucher l'
eau, regarder l'
eau ! L'
eau, c'est la vie. Quelques molécules qui font une goutte, la goutte devient filet, le filet ruisseau, le ruisseau fleuve, le fleuve océan. Et par le cycle sans fin des nuages et de la pluie, l'
eau redevient goutte…
La vie de l'homme est pareille à celle de l'
eau. Que serions-nous sans les générations qui nous ont précédé : parents, grands-parents et la longue lignée d'aïeux et d'ancêtres ? Et que deviendrons-nous sans les générations qui nous suivent et que nous avons enfantées?
Les premiers sont comme la source du fleuve, les seconds comme l'embouchure. Entre source et mer, entre naissance et mort, c'est le miroir de notre propre vie. Et l'existence de l'homme -de l'enfance à l'âge adulte- est pareille au cours du fleuve. Avec ses moments paisibles, et tumultueux ; avec ses rencontres, ses obstacles, ses bonds et ses accidents de parcours. Comme celle du fleuve, la vie de l'homme change, en fonction de la terre qui le porte , des bergers qui l'enserrent, du ciel et des éléments qui le dominent.
Il faut prendre le temps de s'asseoir au bord du fleuve, pour le regarder passer les arches du vieux pont de pierre. Contempler cette
eau qui passe, dense et légère à la fois, qui suit son destin, inscrit dans la géographie des lieux, qui ne craint pas ce qui lui arrivera, au prochain coude de la rive. L'homme qui s'asseoit au bord du fleuve est déjà un sage. Il voit le temps qui s'écoule et le temps qui s'arrête, comme le bouchon du pêcheur à la ligne , un instant immobile, à la surface de l'
eau. Il voit la branche qui s'en va et la prochaine qui arrive. Il sait que là-bas, vers l'océan, tout se dilue mais que là-haut, à la source tout recommence déjà.
Là où il y a vie, rien ne s'arrête jamais