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Robert Fiess, journaliste et créateur du magazine " Géo " en France nous fait partager son parcours professionnel, sa passion et sa vision sur sa façon de voyager qui est avant tout un moyen de découverte de l'autre. |
Quand pour la première fois avez-vous voyagé et pourquoi ? "La moindre sirène de bateau me chatouillait les tripes…"Nous habitions avec mes parents au bas du bd des Belges, à Rouen, tout près du port, je ne sais pas pourquoi, pas de grand voyageur dans ma famille autant que je sache, mais la moindre sirène de bateau me chatouillait les tripes.Mon père, dentiste, rue Beauvoisine, soignait un pilote du port, dont le fils était dans la même classe que moi. Un jour, sur la chaise, il a dit à mon papa : " Votre fils n'a pas envie de devenir marin ? Beau métier , D'ailleurs, s'il veut, il peut embarquer sur un cargo pendant les grandes vacances, on cherche des bras pendant les congés des matelots, ça s'appelle des pilotins ". Mon père lui a répondu qu'il allait m'en parler. J'ai dit oui, pourquoi pas ? Je crois que dès mon plus jeune âge, selon mes parents et les amis de la famille, j'étais de curieux de tout, toujours la tête tournée vers tous les horizons possibles... Les vacances arrivées, j'attendais un embarquement, rien ne venant, sans doute un peu déçu, je suis parti faire du camping avec un cousin en Alsace. Un soir, télégramme de mon père : "Rentre à Rouen le plus vite possible, tu embarques après-demain sur un bateau qui va en Algérie". J'ai pris le train de nuit et le lendemain, j'embarquais sur le Marcel Schiaffino, un "liberty ship", vendu par l'armée américaine, je suppose, à la fin de la guerre. La Schiaffino était une compagnie algéroise connue, dont les bateaux transportaient toutes sortes de biens et beaucoup de pinard entre le Maghreb et la France. Nous étions 4 pilotins à bord pour ce voyage, des lycéens comme moi, 15 ans d'âge environ, nous remplacions les marins pour différentes corvées, y compris les quarts à la passerelle. On a fait du cabotage en Afrique du nord, Alger, Oran, Tunis. C'était une aventure extraordinaire et la vie sur la mer et la découverte de la côte algérienne. Un dépaysement total, un autre monde, l'Afrique déjà, avec tout ce qui la rend si exceptionnelle. Quelques décennies plus tard, je rends encore grâce à mes parents, à ma maman surtout, de m'avoir laissé partir sans la moindre retenue, mais je suis sûr qu'elle a eu quelques nuits difficiles durant mon embarquement, craignant qu'il puisse m'arriver quelque chose et se rassurant comme elle pouvait.. Comment et pourquoi à travers votre parcours professionnel, vous êtes-vous intéressé au voyage ? "Sur un grave échec scolaire…"Ma vie d'adulte débute sur un grave échec scolaire, qui m'oblige à devancer l'appel pour un service militaire de près de 3 ans dans la marine, notamment embarqué en Algérie, le temps de réfléchir à ce que j'allais faire… Apprendre des langues, d'abord l'allemand puis l'américain et, pour cela, aller vivre dans le pays, c'était ce que j'avais décidé.Si j'étais devenu médecin, ce qui était le projet mûri par ma chère maman, j'avais déjà 3 options en tête : 1 rejoindre Albert Schweitzer à Lambaréné, 2 médecin du Tour de France, 3 retrouver les médecins aux pieds nus en Chine, prémices avec Schweitzer de la médecine humanitaire. Ce qui est advenu plus tard dans mon parcours professionnel, notamment la formidable chance de créer l'édition française de Géo, n'est que le résultat de rencontres heureuses, de choix coups de poker, disons aussi d'une conjonction d'expériences appropriées et de bonne étoile. Le voyage était dans mes gènes au départ. Que signifie pour vous "VOYAGER" ? "Si l'on ne revient pas plus riche, plus heureux de découvrir…"Voyager, c'est aller à la découverte de l'autre et, derrière ça, de soi-même. Le voyage se situe tout aussi bien à l'autre bout du monde qu'en sortant de sa maison. Si l'on ne revient pas plus riche, plus heureux de découvrir plus ou mieux ce qu'est la bonne terre qui nous porte, ses peuples et chacun de ses individus, le voyage n'a pas de sens, disons le voyage avec un grand V.Que pensez-vous de la façon de voyager aujourd'hui ? "On n'a pas forcément la mentalité d'un voyageur…"Que les gens voyagent en groupe, tout étant sécurisé à leur départ par une agence, ne me gène pas. On n'a pas forcément la mentalité d'un voyageur individuel ou d'un routard, et dans l'époque qu'en nous vivons, le temps de flâner, de regarder, de se laisser porter, bref de vivre vraiment est ce qui manque le plus.Ce qui gène, ce qui me pèse, c'est le fait qu'avec la mondialisation actuelle, la frénésie de déplacements et la révolution dans les moyens de communications, le monde se ressemble de plus en plus. Dans moins de 5O ans, tout ce qui aura fait l'originalité de vie d'un pays ou d'un peuple aura disparu. Et l'on se nourrira d'un Mc Do au tréfonds de la jungle amazonienne, dont d'ailleurs il ne restera plus rien. Déjà, fin des années 8O, en l'espace d'une décennie ( la grande époque de Géo ), le monde avait changé radicalement. Et lorsqu'on allait photographier des aborigènes en Nouvelle Guinée, il fallait payer pour qu'ils revêtent leur tenue coutumière, refusant toutefois de quitter la Rollex, fausse, qu'ils avaient au poignet. Regardez ce qui advient de la diversité avec un seul exemple, prosaïque peut-être, les légumes. Que reste-t-il des dizaines et dizaines de variétés de légumes que les Français avaient l'habitude de manger, encore après la dernière guerre. Aujourd'hui, on vous en présente une douzaine au plus dans les marchés, au goût le plus consensuel. Ainsi en va-t-il de tout le reste… Voyager, n'est-ce pas un état d'esprit, un art de vivre... ? Si, bien sûr, oh combien ! Que pensez-vous de la "mode" des voyages éthiques ? J'ai toujours voyagé " éthique " en respectant les mœurs et usages locaux et en cherchant à approcher le plus possible les vrais gens, comme on dit, du pays visité. Aussi, cela me semble bizarre de voir associer ces deux termes aujourd'hui. Sous forme de voyage organisé mais dans l'esprit de saine curiosité mais surtout de respect des autres, probablement une bonne chose, je sais aussi des voyages culturels tels que ceux de Clio qui sont de très grande qualité. Comment aimez-vous voyager à titre personnel ? "J'ai le plus grand plaisir à flâner dans les grandes villes culturelles…"Je ne voyage plus guère au long cours. Rien qu'un embarquement sur un avion gros porteur avec 5OO personnes au guichet me décourage immédiatement. Mais j'ai le plus grand plaisir à flâner dans les grandes villes culturelles françaises et européennes, riches d'un extraordinaire passé et encore de traditions authentiques.Ou simplement un grand bonheur à admirer la nature et les paysages dans un coin de campagne. Goethe disait : " Le moindre paysage est une œuvre d'art ". Ce sont les peintres allemands et anglais du 19 è siècle , puis les impressionnistes français qui ont su mettre en valeur cette beauté. Les jeunes "générations" voyagent-elles selon vous différemment qu'il y a 20 ou 30 ans ? "Les jeunes "générations" sont assez casanières…"Je ne saurais le dire. Il me semble que les jeunes " générations " sont assez casanières, nourries de voyages virtuels par la télévision ou le film. Souvent elles manquent de moyens financiers, je le vois avec mes propres enfants. Et je comprends qu'avant de rêver de grands voyages, elles ont d'abord le souci de leur existence au quotidien, de logements de plus en plus inaccessibles, d'un monde du travail de plus en plus difficile et aléatoire.Comment voyez-vous le voyage demain ? "Le monde moderne vous offrira tout à la maison…"Interplanétaire, au moins on verra du neuf ( et je ne plaisante pas). Sinon, le monde moderne vous offrira tout à la maison, en 3D et plus vrai que nature, y compris le sensations olfactives d'une pastillla dans une gargote de Marrakech."Voyager" et préserver la nature de la planète, est-ce compatible ? "Ca commence le matin…"Cà peut l'être, mais préserver la nature et notre monde, ça commence le matin, dans sa salle de bains, en fermant le robinet d'eau tandis qu'on se brosse les dents. |
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