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Regard sur les îles avec...
Michel Maliarevsky

Regard sur les îles avec Michel Maliarevsky
Journaliste et photographe depuis plus de 30 ans, Michel Maliarevsky est un globe trotter de talent . Il a publié chez Acanthe un très bel album intitulé " Le Monde des îles ", un monde qui le fascine.

Il nous dévoile mieux que quiconque des espaces de beauté, tour à tour paradisiaques, inhospitaliers, luxuriants ou austères à l'équilibre fragile.

Découverte avec l'auteur...

Comment avez-vous eu l'idée de réaliser un ouvrage sur le thème "du monde des îles" et qu'est ce qui vous fascine dans ce vaste sujet ?

"J'ai développé un "syndrome des îles"

Dès mon premier voyage à Jersey en 1968, j'ai développé un "syndrome des îles" caractérisé par des réactions de type cyclothymique : exaltation, abattement, désir d'enracinement et de fuite, un condensé d'un terme portugais: la "saudade", un sentiment complexe et poétique lié aussi bien aux nécessités économiques, l'émigration, qu'à une réalité universelle : le regret et la nostalgie. D'origine majoritairement slave, je me suis coulé dans ce creuset philosophique en partant à la découverte des îles dans le monde.

Votre livre est le fruit d'un long travail, vous avez choisi de présenter vos photos d'une façon différente de ce qui existait jusqu'alors pourquoi ?

"…un itinéraire contemplatif…"

Aucun livre traitant des Iles dans le monde, perçues avec un regard d'auteur, n'existait. J'ai donc décidé de le présenter d'une façon assez rigoureuse (fond noir et absence de légendes sous les photos) un itinéraire contemplatif plus qu'une somme vaguement exhaustive de "perles" et autres lieux "magiques".
Sept parties pourvues d'un texte mi-auteur, mi-journaliste qui tente d'appréhender les réalités insulaires: géographiques, sociologiques et philosophiques.



Que représente pour vous une île ?

"Un espace préservé, ambivalent…"

C'est un espace préservé, ambivalent, mi-enfer, mi-paradis où les habitants ne revendiquent jamais une finalité. Ils ne sont pas finis et doivent survivre dans des conditions parfois précaires. Déchirés, Ils fuient, émigrent et font tout pour revenir sur leur île, leur premier amour, dès lors qu'ils sont vraiment enamourés de leur espace. Ils savent que rien n'est jamais acquis et que l'aventure qui déserte les lieux policés et donc le continent, alimente le devenir des enclaves insulaires.

Vous écrivez et vous êtes à la fois photographe, quelle est la place de l'image parmi des mots et vice et versa ?

"Le fait d'écrire et de photographier à la fois tient à des aptitudes propres…"

Considérée il y a encore 10 ans comme une curiosité voire une ambiguïté peu appréciée par les magazines, le fait d'écrire et de photographier à la fois tient à des aptitudes propres qui en général induisent des réactions stéréotypées du style: "Mais vous devez bien être meilleur dans une de ces deux disciplines ?" On photographie des scènes "innommables" ou innénarables, des impressions visuelles fugitives essentiellement traduisables en images. Lorsqu'on ne peut pas s'exprimer avec des images fortes qui pourraient (plutôt rarement) se passer de légendes, on passe à l'écriture, plus souple et plus malléable que la photo.



Vous présentez des photos de "paysages" des îles mais aussi des portraits et des "figures" insolites dans le livre.
Expliquez-nous ce que vous entendez par "creuset des métissages".

"Le métissage symbolise l'apport multidimensionnel de diverses cultures en accord avec les bouleversements naturels…"

Produit d'un mélange culturel diversifié: Russe blanc aristocrate, et "prolo" d'origine flamande et italienne, je revendique un passé militant de gauche, essentiellement lié à des valeurs humaines qui s'appuient sur l' ouverture au monde, la tolérance, un enthousiasme foncièrement opposé au refus systématique lié à la peu qui signe les mentalités dites "réactionnaires"reposant sur des valeurs intangibles et fallacieuses : la loi du plus fort, du plus beau ou du plus puissant. La vie n'est que changement. Rien ne subsiste durablement, tout évolue: les systèmes politiques, économiques et culturels.

Le métissage symbolise l'apport multidimensionnel de diverses cultures en accord avec les bouleversements naturels et sociologiques mondiaux de plus en plus rapides. Ce creuset ouvre l'individu à des modes de pensée qui dépassent les mentalités étriquées et les concepts de nations en proposant de nouvelles perspectives.
Nombre d'îles touchées par l'esclavage ont généré des peuples métissés porteurs de nouvelles promesses: l'abolition des pouvoirs de castes et l'avènement d'une société basée sur des valeurs humaines opposées aux valeurs économiques.

Quelle est votre façon de voyager lorsque vous exercez votre métier de photojournaliste ? en nomade ?

"Le voyage équivaut à une "récré" permanente…"

Le nomadisme individuel n'exclut pas l'intégration envers les visités. Il suffit de rester simple, d'exercer une curiosité élémentaire dans les contacts et de savoir vaguement jouer au foot par exemple. Cela crée des liens. En voyage, on est toujours neuf et les gens que l'on rencontre disposent d'une merveilleuse liberté: ils se présentent "neufs" à vous. Le voyage équivaut à une "récré" permanente dans un système assimilable à une école.

Dans votre ouvrage, vous avez "classé" vos photos d'une façon particulière, en montrant par exemple une île du Nord en opposition à une île du sud...pourquoi cette volonté ?

Simplement pour créer des ambiguïtés propres à révéler une évidence: chaudes ou froides, les îles ont un air de famille malgré leurs différences. Les insulaires développent une façon d'être commune.

S'il y a une île qui est votre petit paradis, quelle est-elle et pourquoi ?

"Les Açores restent une sorte de laboratoire ou d'enclave initiatique"

J'ai effectué 7 voyages aux Açores depuis 1978. A chaque fois, j'ai été touché par la qualité des gens qui peuplent l'archipel : des paysans et des marins, rompus au cosmopolitisme et des décalés qui en plein Atlantique tentent de trouver de nouvelles voies entre le Vieux Monde et l'Ancien Monde. Les Açores restent une sorte de laboratoire ou d'enclave initiatique. Le climat particulier, plutôt chaud pour ses latitudes brouille les pistes. Un mélange étonnant de Tropiques et d'Europe qui surprend les plus endurcis.



Les îles aujourd'hui restent-elles pour la plupart des terrains d'aventures propices à des rencontres ?

"…elles perdent peu à peu leur authenticité…"

De moins en moins bien sûr puisqu'elles sont très sollicitées par la mondialisation du tourisme et qu'elles perdent peu à peu leur authenticité mais des enclaves ignorées ou peu médiatisées demeurent exemplaires de par l'accueil qu'elles proposent. Cela est valable pour des lieux exotiques et reculés comme les Fidjis ou les Samoas mais certaines îles de Norvège, de Finlande et des villes comme Glasgow ou Belfast en Irlande du Nord génèrent une curiosité et une ouverture qui se démarquent résolument des moeurs codifiés des centres dits festifs et emblématiques où il ne passe pas obligatoirement grand-chose pour un être disponible.

Comment percevez-vous le tourisme de masse sur certaines îles très "tendances" ?

"L'authenticité et la curiosité restent l'apanage des "martiens", des marginaux, des découvreurs"

Tant que ses îles répondent à une demande limitée répondant à des fantasmes élitaires, pratiques et consensuels et par le fait "vulgaires" tout va bien ! La survie des îles dépend comme le reste de la facilité d'accès et du battage médiatique. Nombre d'îles, sauvages et magnifiques, un peu plus isolées quoique facilement accessibles restent désertées. Elles le seront probablement longtemps. Car en matière de tourisme, comme dans la vie, l'authenticité et la curiosité restent l'apanage des "martiens", des marginaux, des découvreurs dont l'innocence quasi enfantine ne fait plus recette. Je souhaite appartenir à cette caste en voie d'extinction.

Pour en savoir plus :

Lire l'ouvrage de Michel Maliarevsky " Le Monde des îles " dont il a signé à la fois les textes et les photographies aux éditions Acanthe Boao.




Toutes les photos de cette page sont sous copyright: ©Michel Maliarevsky

POUR EN SAVOIR PLUS


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