






Regard sur Marc Alaux et la Mongolie
Passionné de randonnée, grand voyageur, Marc Alaux est aussi un écrivain qui consacre une grande partie de sa vie à mieux comprendre le peuple et la culture de Mongolie.
Découverte… Quel est votre parcours ?"j'ai parcouru plus de 6 000 kilomètres à pied en plus d'un an et demi dans les steppes…"À l'adolescence, j'ai trouvé dans la randonnée puis dans le voyage à pied une fenêtre sur le monde, une porte de sortie pour m'extraire des quartiers populaires parisiens dans lesquels j'étais né.Après des études d'archéologie et un service militaire effectué en tant qu'archéologue, j'ai emprunté la voie de l'édition sur laquelle je chemine toujours, et effectué cinq voyages en Mongolie. J'ai parcouru plus de 6 000 kilomètres à pied en plus d'un an et demi dans les steppes, les taïgas et les montagnes que foula Gengis Khan. Depuis, j'ai écrit le récit "Sous les yourtes de Mongolie, Avec les Fils de la steppe" (Transboréal, 2007). J'ai aussi annoté le "Voyage en Mongolie et au pays des Tangoutes" (1870-1873) de l'explorateur russe Nikolaï Prjevalski (Transboréal, 2007) et mes photos illustrent l'ouvrage de référence de Jacqueline Thevenet, "La Mongolie" (Karthala, 2007). Je poursuis mes lectures et mes recherches pour porter un regard critique sur ce pays qui m'est cher. Pourquoi une passion pour la Mongolie ?"j'ai véritablement découvert les notions d'hospitalité et de spontanéité…"Mes voyages en Mongolie trouvent leur origine dans mon goût pour la marche et l'effort, ainsi que dans ma passion pour les causses de Lozère et d'Aveyron, seuls écosystèmes de steppe en France, où j'ai randonné intensivement durant une décennie.Je me souviens particulièrement d'un réveil hivernal après une nuit à la belle étoile sur le causse Méjean : au vu d'une doline dorée par les rayons matutinaux, je me suis juré de voir la grande steppe eurasiatique et les nomades qui l'arpentent depuis des siècles. Après quelques années de lecture et de préparation, j'ai rencontré, durant un premier raid à pied de six mois en Mongolie, au cœur de paysages propices au recueillement, des gens touchants, qu'ils soient éleveurs de yacks ou médecin de campagne, policier dans un village ou lutteur professionnel. À leurs côtés, j'ai véritablement découvert les notions d'hospitalité et de spontanéité, et j'ai décidé de vouer mon existence - ou une partie du moins - à l'étude de leur pays, de leur culture et de leur histoire.
Qu'est-ce qui vous attire dans cette contrée la population ou les paysages ?"ils échangent et communiquent si naturellement avec un étranger…"Durant un séjour hivernal de trois mois dans la steppe, j'ai été impressionné par la faculté d'adaptation des Mongols. Les nomades, pour qui le lendemain n'est jamais assuré, survivent en jonglant avec une multitude de facteurs tels que les sécheresses, les changements climatiques ou économiques, les épizooties… Je suis impressionné par la simplicité avec laquelle ils nouent des relations.Ils échangent et communiquent si naturellement avec un étranger ! M'intéresse aussi l'histoire mongole, condensé d'événements qui ont influencé les relations entre l'Orient et l'Occident mais qui nous sont restés inconnus, et d'incidents apparemment insignifiants mais aux conséquences formidables. Et puis, je ne le cache pas, je trouve un bien-être inexplicable à arpenter, sac au dos, ces terres rudes baignées d'une lumière unique. Comment vit le peuple de Mongolie ?"ces gens vivent de ce que fournit le bétail, vendent la laine et la viande…"Les campagnes de Mongolie sont habitées essentiellement par des éleveurs, nomades pour certains d'entre eux, mais sinon sédentarisés autour ou dans des hameaux. Ces gens vivent de ce que fournit le bétail, vendent la laine et la viande pour s'acheter ce qui leur manque (sel, sucre, thé, farine, vêtements, cartouches et autres produits manufacturés, souvent importés de Chine).Mais leurs enfants étudient souvent en ville, où le mode de vie a évidemment évolué, et où libéralisme et capitalisme s'imposent avec force, ce qui perturbe le voyageur qui arrive en Mongolie avec ses idées reçues. Parmi les presque trois millions d'habitants, une personne sur trois vit sous le seuil de pauvreté… Il est donc important de précéder son voyage de lectures qui préparent à ce que l'on va voir et aident à comprendre plus qu'à simplement apprécier ou détester.
Que représentent pour vous les yourtes ?"c'est l'habitat des éleveurs nomades de la steppe…"La yourte, chef-d'oeuvre architectural des nomades d'Asie centrale placé sur la liste du Patrimoine mondial de l'humanité, est toujours utilisée en Mongolie. Cette tente ronde constituée de couvertures de feutre posées sur une charpente de bois est produite à moindre coût avec les matériaux de la région.Elle résiste au vent et aux conditions climatiques continentales (saisons très marquées). C'est l'habitat des éleveurs nomades de la steppe, c'est aussi celui des populations villageoises modestes ; elle sert enfin de salle d'apparat au président de la République mongole pour recevoir ses hôtes prestigieux à dîner ! En Occident où elle fleurit, elle incarne davantage des valeurs d'altermondialisme, de retour à la nature et de mode de vie économe et collectif. Mais elle abrite aussi de nombreux couples incapables de se loger en appartement ou en maison. Pourquoi avoir passé plusieurs mois avec ce peuple ?"chaque respiration me rapproche des Mongols…"J'ai choisi de ne découvrir qu'une région du monde mais de la connaître en profondeur. Mes voyages ne sont pas une finalité ; ils sont une étape entre des recherches livresques. Ainsi en France, chaque pas, chaque respiration me rapproche des Mongols. La clé de ma passion est un hiéroglyphe indéchiffrable.On ne demande point la raison de l'amour d'une personne pour une autre ; pourquoi la demander à propos d'un peuple ? J'ignore pourquoi je voyage en Mongolie comme j'ignore pourquoi j'aime une femme. Il me suffit de savoir comment il convient d'y retourner, comment il faut l'aimer. Le motif importe moins que la manière : sac au dos, modestement, sans assistance ni guide ni sponsor, sans moyen d'orientation et de communication hormis la boussole et les courriers postés des villages. Comment en Mongolie vit-on les traditions et la modernité ?"c'est au gouvernement de leur permettre de concilier modernité et traditions…"Ceux qui jugent la contrée arriérée et souhaitent sa modernisation disent le développement irréalisable sans l'éradication de traditions essentielles au pastoralisme nomade, qui constitue le pilier de la société. Comment, spolier de leur culture, les Mongols résisteraient-ils entre l'ours russe et le dragon chinois ?Le nomadisme peut perdurer si la liberté de le pratiquer est laissée aux Mongols. S'il est confronté sans adaptation réciproque au mode de vie occidental, il périra, et avec lui un pan de la culture mongole. Maints jeunes sont contraints pour survivre de faire le choix dangereux de s'instruire en ville ou de conserver leurs traditions à la campagne. C'est au gouvernement de leur permettre de concilier modernité et traditions, ce qui n'est pas impossible. La comparaison avec les régions voisines suggère que les nomades ne sont pas contraints d'évoluer selon un processus de modernisation identique et inexorable. La Mongolie peut inventer un avenir à ses éleveurs. A quels voyageurs conseillez-vous la découverte de la Mongolie ?"il doit être autonome et admettre possible la surprise…"La Mongolie séduit l'amateur de séjours et de randonnées en nature et de rencontres avec des populations rurales. Elle plaît aussi à celui qui voit dans la steppe, monotone mais immense et pure, un miroir de l'âme. Cependant, le voyageur qui s'engage sur ce haut plateau doit développer une souplesse d'esprit et une faculté d'adaptation pour accepter les imprévus, les changements de programme.Il doit être autonome et admettre possible la surprise, parfois la déception, car la réalité ne correspond pas nécessairement à ce que montrent magazines et télévision. Mais voyager en Mongolie exige davantage encore que le goût de l'imprévu, celui du partage. Il faut être généreux : les Mongols partagent et donnent même quand ils ont peu. Un voyage en Mongolie est une excellente occasion de réapprendre la générosité, de gagner en citoyenneté.
Pourquoi avoir choisi de vous déplacer à pied lors de vos périples ?"de la lenteur de la marche découle une juste mesure de la réalité…"Cheminer à pied au pays du cheval peut paraître étrange si on réduit le voyage et la découverte d'une région à un mode de déplacement. Mais je crois que la manière de découvrir le monde qu'est la marche, est aussi une façon d'appréhender la vie, de prendre des risques, de préférer la surprise à la sécurité, l'entraide et la générosité aux économies mesquines. De la lenteur de la marche découle une juste mesure de la réalité.Parcourir la steppe à ce rythme, c'est connaître un sentiment de transcendance. Effectivement, la marche permet de sacraliser l'espace, d'en faire quelque chose à respecter pour survivre. Il ne s'agit pas de prières le soir, mais d'une appréciation de l'importance des choses qui vous sont offertes, de la vie humaine et animale, le respect de la terre… En traversant la Mongolie à pied, en y laissant de ma sueur et de mon sang, je me suis lié à ce pays pour l'éternité. Quels sont vos projets ?"je consacre donc tout mon temps libre à l'étude de cette région…"Je reviens de mon cinquième voyage en Mongolie : cet été, j'ai arpenté durant trois mois le cœur des montagnes de l'Altaï, dans l'ouest du pays, puis les plus vastes et plates steppes, à l'extrémité orientale de l'œil de chat que forme la Mongolie entre la Chine et la Russie.Je ne me contente plus du plaisir de la découverte : je consacre donc tout mon temps libre à l'étude de cette région. Je lis et j'écris plusieurs heures par jour sur l'histoire, la géographie et la culture mongoles. Je fais paraître des articles dans la presse spécialisée, mûrit un nouveau projet de livre, prononce des conférences, participe à des tables rondes, délivre des conseils pour le développement de projets en Mongolie et aiderai à la refonte du site Internet de l'association Anda (www.anda-mongolie.com), dont le but est d'informer sur la Mongolie. Ceci pour continuer de mieux comprendre le monde, de m'ouvrir aux cultures voisines et de faire connaître la mienne.
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