






Evelyne Dress et la Birmanie
Comédienne, réalisateur… Evelyne Dress nous entraîne dans l'univers de Rangoon, non pas à travers une escapade touristique mais à la rencontre du peuple birman et des dures réalités du pays. Découverte… Quel est votre parcours ?"j'ai voulu explorer d'autres voies…"Comédienne. Auteur-réalisateur-producteur. Peintre. Écrivain.Je suis née un 1er août dans le train, en gare de Lyon-Perrache. Le train était bondé, ma mère debout. Mon père eut beau la supplier de se retenir jusqu'à Grenoble, où elle voulait accoucher auprès de sa mère, les secousses et les trépidations précipitèrent mon arrivée et ma mère accoucha à la barbe des voyageurs esbaudis. Après cette entrée spectaculaire dans la vie, il ne fallait pas s'étonner que je continue sur ma lancée. Je devais être comédienne ! J'ai donc passé le concours d'entrée du Conservatoire où j'ai été reçue du premier coup. S'ensuivit une succession de rôles au théâtre, à la télévision, au cinéma. Avec le succès de Et la tendresse ? Bordel ! 4,5 millions d'entrées France, du jour au lendemain, je suis devenue connue et reconnue. Est-ce la précipitation de ma naissance qui m'oblige à toujours me remettre en question ? Au lieu de me contenter de cette gloire toute neuve, j'ai voulu explorer d'autres voies. J'ai commencé par la peinture. J'ai été exposée au Grand Palais, j'ai reçu des prix, des médailles, fait une expo personnelle à Fayence, été invitée d'honneur dans plusieurs salons. Plus rien ne pourrait m'arrêter ! Un livre m'a bouleversée : Le Boucher d'Alina Reyes. Je l'ai adapté, produit, monté et joué moi-même au Bataclan avec Rufus. J'ai continué par un roman : Pas d'amour sans amour qui est devenu un film que j'ai produit, réalisé et joué avec Patrick Chesnais, Gérard Darmon, Martin Lamotte, Michel Duchaussoy, Jean-Luc Bideau, Aurore Clément, Dora Doll...Mon deuxième roman : La Maison de Petichet que j'ai adapté sera aussi un film. Son tournage est prévu pour l'été 2010. Ensuite, ça a été Les tournesols de Jérusalem et, aujourd'hui, Le Rendez-vous de Rangoon.
Pourquoi un ouvrage sur la Birmanie ?"Rangoon, Birmanie étaient des noms qui me faisaient rêver…" Thérèse, mon héroïne, 33 ans, animatrice à la télévision, lasse des faux-semblants et de la vie parisienne, veut tourner la page, repartir à zéro. Rien de tel pour recommencer que de disparaître dans un pays où personne ne la connaît et où elle ne connaîtra personne."Rangoon", "Birmanie" étaient des noms qui me faisaient rêver. Toutefois, je ne savais pas où ils se situaient précisément sur une carte. En interrogeant plusieurs personnes autour de moi, je me suis aperçue que les autres étaient, pour la plupart, comme moi. C'était donc l'endroit où je devais envoyer Thérèse. Que vous inspire ce pays ?"le peuple birman est profondément gentil…"En débarquant à Rangoon, ma première surprise a été de découvrir que les Birmans étaient encore habillés à l'ancienne, le longyi drapé autour des hanches et des tongs aux pieds. Ils paraissaient pauvres, mais pas miséreux, le sourire aux lèvres et serviables.Je me suis aperçue, au cours de mon séjour que ce n'était pas un sourire de façade, le peuple birman est profondément gentil. Imprégné de bouddhisme, il supporte tout, même de subir le joug d'une des dernières dictatures, parmi les plus dures au monde. Pourquoi un livre intitulé "Le Rendez-vous de Rangoon" paru chez Alphée ?Le titre décrit bien le roman. C'est à la fois un rendez-vous avec un pays et un peuple merveilleux, et un rendez-vous avec soi-même.Quelles missions mène Reporters sans frontières ?"j'ai immédiatement été excitée par l'aventure…""Reporters sans frontières" défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c'est-à-dire le droit d'informer et d'être informé, conformément à l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.Avant de quitter Paris, un ami, Jean-Michel Boissier, co-fondateur de Courrier International, me présente Vincent Brossel, responsable de la région Asie-Pacifique à "Reporters sans frontières". Ce dernier me propose une mission : À Rangoon, il y a une journaliste écrivain, militante politique proche d'Aung San Suu Kyi, le prix Nobel de la paix ; elle s'appelle San San Nweh et vient de purger dix ans de prison pour avoir fabriqué et envoyé des rapports anti-gouvernementaux à des diplomates étrangers et, aussi, pour les avoir distribués à des journalistes français de passage à Rangoon. "Reporters sans frontières" lui a décerné un Prix en 1999, 5000 dollars. Si vous pouviez les lui remettre ce serait vraiment formidable ! Mais, je vous préviens, ce n'est pas sans risque, même si la junte veut actuellement faire croire au monde qu'elle libéralise en relâchant ses opposants... Là-bas, c'est une dictature militaire, flics, miliciens, et le reste ! Ne gardez sur vous aucune information la concernant, ni son nom ni son adresse. Rien ! Si vous vous retrouviez en tôle, je ne suis pas sûr de pouvoir vous en faire sortir ! Moi qui ai toujours rêvé de jouer Mata Hari, j'ai immédiatement été excitée par l'aventure. Qui est votre héroïne Thérèse ?"ce n'est parce que vous êtes au bout du monde…"Animatrice à la télévision, elle a fait le tour de ce monde de superficialité. De plus, sa mère est dans le coma à Curie. Le médecin qui s'occupe d'elle l'appelle pour lui demander l'autorisation de débrancher sa mère.Elle qui a mis tant d'années à essayer de couper le cordon ombilical avec cette mère qui ne l'a jamais aimée, ne peut, néanmoins, pas décider de devenir son assassin. Et plutôt que de prendre cette terrible décision, elle préfère fuir. Mais ce n'est parce que vous êtes au bout du monde que vous n'emportez pas vos problèmes avec vous.
Comment avez-vous conçu et travaillé sur ce livre en Birmanie ?"En l'occurrence, je suis partie sans argent…"Peut-être parce que j'ai été comédienne, j'aime me glisser dans la peau de mes personnages et aller vivre la vie que je leur ai inventée. Mais comme c'est moi qui la vit, à un certain moment, forcément, mon héroïne et moi nous nous confondons.Donc, mes livres sont des autofictions. En l'occurrence, je suis partie sans argent, comme Thérèse, en dehors des 5000 dollars que "Reporters sans frontières" m'avait confiés, mais auxquels je m'étais promise de ne pas toucher. Sur place, je n'ai pas écrit une ligne, j'ai pris des photos qui n'ont rien d'artistiques, qui sont des sortes de notes qui étaient destinées à m'aider à me souvenir au retour. Que conseillez-vous à un voyageur qui souhaite découvrir la Birmanie ?"faire le voyage pour aller à la rencontre d'un peuple…"D'abord de voyager léger et d'adopter sur place le longyi, car quelque soit l'époque, vous serez toujours trop habillé. Ensuite, de ne pas craindre les militaires. Si vous traversez la Birmanie en restant dans les sentiers autorisés, vous serez surpris de ne pas en croiser.Au point, même, de croire que vous êtes dans une démocratie. Et, surtout, je vous recommande de faire le voyage pour aller à la rencontre de ce peuple qui ne demande qu'à se faire connaître. Concevez-vous le fait de voyager comme un art de vivre ?Je pense en effet que c'est un art de vivre, une manière de s'ouvrir au monde et aux autres et qu'il n'y a rien de plus enrichissant que d'aller à la découverte de celui qui est différent de vous.Quels sont vos projets ?"un roman qui se passera au Groenland…"J'ai commencé l'écriture d'un prochain roman qui, cette fois, se passe en Pologne. Je vais à la découverte de mes propres racines dont je ne sais rien. Ensuite, je sais que j'écrirai un roman qui se passera au Groenland et dont je serai l'héroïne. J'aimerais que l'on dise après moi : " Elle a été un écrivain voyageur ".
|
|
||||||||||