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Robert Sinsoilliez… en 10 questions

Infatigable chercheur, pêcheur et navigateur... L'historien et écrivain Granvillais, Robert Sinsoilliez* a un itinéraire d'homme passionné pour sa région natale du Cotentin. Conteur, il aime la vie, les amis et raconter à la fois des histoires et la grande Histoire. Découvrons ses territoires de prédilections.

Comment expliquez-vous votre attachement à Granville et à toute la région du Cotentin ?

" Tous les souvenirs de bonheur d'enfance, d'adolescence… "



Ouverts sur l'extérieur, mes parents et par la suite nos instituteurs nous ont fait connaître Granville, son histoire, son patrimoine maritime, la richesse de ses côtes, l'environnement. Ici, c'est une pierre datée qui retient l'attention, là l'endroit d'un naufrage toujours dramatique ou encore le pont-levis où se sont brisées les attaques vendéennes en 1793. Et combien d'autres…
Et, et… tous les souvenirs de bonheur d'enfance, d'adolescence, les parties avec les camarades de classe, les copains, les vieux marins qui évoquent leurs souvenirs, le sport, les premiers contacts avec les voiles ou des avirons, les régates. Les peines aussi… Des parents ou des amis toujours trop tôt disparus.


Vous fréquentez souvent les îles Chausey, les Ecréhou…
Avez- vous une âme de navigateur ou de pêcheur ?

"Quel plaisir intense de naviguer parmi les rochers de Chausey…"

Les deux et j'ajouterai d'observateur. Combien d'heures passées à basse mer à observer sans bouger, avec une caméra, la vie des crustacés dans leurs trous, les ébats d'un congre, l'enfouissement d'une sole ou le jaillissement des couteaux sous l'effet du sel… Mais aussi quel plaisir intense de naviguer parmi les rochers de Chausey, des Ecréhou, des Minquiers en tenant à la main, pour un contact direct, le fil terminé par un poisson en caoutchouc qu'un bar va saisir dans un choc brutal.
Et aussi, tout autour les sauts des dauphins, les vols d'oiseaux, le glissement d'un phoque dans l'eau. Les odeurs, les senteurs des algues…


Vous êtes aussi écrivain et historien. D'où vous vient cette passion ?

"A cette période l'imagination s'enflamme"

D'abord la découverte sur le terrain.
Dès l'âge de 6 ans, par exemple, j'allais pêcher la crevette avec mes parents et des pêcheurs professionnels autour de l'îlot de Tombelaine dans la baie du Mont-Saint-Michel. Adolescent, j'ai remarqué des ruines de murailles, des portes fortifiées. A cette période l'imagination s'enflamme. J'entendais siffler les flèches des archers anglais qui avaient assailli le Mont-Saint-Michel pendant la Guerre de Cent ans ou le choc des épées des chevaliers. Aucun livre n'existait sur l'Histoire de cet îlot. Adulte, j'ai décidé de l'écrire avec toute la joie que procurent des découvertes dans les archives. Tout cela met en valeur " mon pays ".


Vous avez et vous continuez à écrire sur le thème de la mer. Pourquoi ?

"J'ai découvert par un texte de trois lignes qu'une poignée de Normands…"

Parce que je peux faire des recherches avec mon épouse sur les lieux mêmes ou dans les archives. Parce que j'ai des sujets en tête, qu'une recherche en entraîne une autre. En écrivant l'Enfer des baleiniers, j'ai découvert par un texte de trois lignes qu'une poignée de Normands avait conçu le projet de créer une colonie en Nouvelle-Zélande en 1840 avec l'accord du gouvernement du roi Louis-Philippe, accord secret pour ne pas entrer en conflit avec les anglais. Ce sujet était nouveau. J'y ai consacré quelques pages dans l'Enfer. Puis pendant douze ans, j'ai fouillé les archives de France, en Nouvelle-Zélande pour découvrir une ahurissante histoire qui m'a permis de rédiger un livre très illustré de 350 pages.


Que représente la pêche à pied dans votre région ? Une tradition ?

"C'est devenu une tradition"

Une nécessité d'abord. Pendant que les hommes valides étaient partis pêcher la morue à Terre-Neuve, sur les Bancs et en Islande ou la baleine à travers le monde, les femmes, les enfants et les invalides devaient se nourrir. Pauvres, ils partaient sur les grèves lors des marées, profitaient des ressources naturelles offertes à profusion par la mer à l'époque. Peu à peu, toutes les classes de la société ont participé à ce type de pêche à la recherche du bouquet, du homard ou de l'huître plate si abondante. C'est devenu une tradition. Chaque début d'année, beaucoup d'artisans, de membres de professions libérales ou autres notent les périodes où ils pourront se livrer à cette activité.


Vous écrivez aussi des romans policiers avec pour toile de fond les îles Chausey et Cherbourg. Est-ce une nouvelle vocation ?

"Vous devez bien avoir quelques idées en ce domaine"

Au départ, une commande d'éditeur. Les éditions Corlet m'ont dit : " Avec tout ce que vous écrivez comme ouvrages historiques, vous devez bien avoir quelques idées en ce domaine ". Or, en tournant sous une falaise un documentaire sur la faune marine, j'avais assisté à un drame comme seul témoin. J'ai déclenché tous les secours et une longue enquête s'ensuivit. J'ai donc pensé à cette affaire pour point de départ. Cela à bien marché. Et, j'en ai donc écrit deux autres dont l'un pour lancer une nouvelle collection : " La Chasse à l'or alchimique en Normandie " fondée sur des faits historiques réels du Moyen Age. D'autres policiers suivront.


Que vous inspire le Mont-Saint-Michel, sa baie, Tombelaine ? Des endroits sur lesquels vous avez beaucoup écrit.

"mais aussi des lieux où souffle l'esprit"

La nature, de grands espaces d'abord où la solitude apporte la paix et le silence, le souvenir des pèlerins d'autrefois allant se prosterner aux pieds de l'archange, mais aussi des lieux où souffle l'esprit. Je ne peux mieux faire que de citer ces paroles qui s'adressent à un passant inconnu : " Du haut d'un des sept monticules qui couronnent Tombelaine, dans le silence et le recueillement, sur ce roc chargé d'Histoire, vers tous les points cardinaux et jusqu'au fond de l'horizon, regarde, de tous tes yeux regarde… "


Vous passez beaucoup de temps dans le salles d'archives mais vous abordez des thèmes historiques souvent méconnus. Pourquoi ?

"On s'aperçoit que ces thèmes avaient un caractère national et parfois international"

Justement parce qu'ils sont méconnus malgré un intérêt majeur. Cela demande beaucoup de travail, de recherches car souvent aucune ligne n'a été écrite sur le sujet. Finalement, on s'aperçoit que ces thèmes avaient un caractère national et parfois international. J'en ai pour exemple mon livre sur les Prisonniers au Mont-Saint-Michel, objet de deux thèses en Allemagne. De même, en Sorbonne pour le Siège de Granville. Chouans et Vendéens. Et, comme les Minquiers et les Ecrehou, l'Histoire de l'îlot de Tombelaine a retenu l'attention de la presse nationale et des télévisions.


Pourriez-vous vivre ailleurs que dans votre Cotentin natal ?

"On revient toujours à ses premières amours"

Oui, puisque j'ai vécu à Paris, à Rennes et exercé pendant plus de trente ans en Seine-maritime. Quel que soit le lieu qu'offrent les circonstances, il faut saisir les opportunités au moment où elles se présentent. La raison doit l'emporter sur les attirances plaisir et loisirs. Mais, on revient toujours à ses premières amours et dès que l'emploi du temps le permet, la porte s'ouvre et c'est l'envol, le retour aux sources.


Quels sont vos projets en terme d'écriture ?

"Sur la faune marine, avec la télévision…"

Comme je le fais dans la revue du Département de la Manche ou autres, des articles à caractère historiques à la suite de découvertes dans des fonds d'archives de documents inconnus.
Actuellement, je mets la dernière main aux corrections de l'ouvrage intitulé : L'expédition des Normands en Nouvelle-Zélande (1840-1850) et qui paraîtra dans quelques jours.
Je viens de remettre à un éditeur un manuscrit : Les Espions du roi (Guerres de Vendée et de l'Empire). C'est toute l'histoire des services secrets de l'époque entre les îles anglo-normandes et la France.
J'ai des projets avec Flammarion sur la faune marine, avec la télévision, d'autres idées comme la biographie du Consul Lebrun et… des polars.
Mais, je n'oublie pas ma famille.


*Robert Sinsoilliez publie principalement ses ouvrages aux éditions Ancre de Marine et aux éditions Charles Corlet

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