Il a signé de superbes ouvrages dont "La Terre et la Vie"
(Larousse) et plus récemment chez Lattès, "Le bonheur en marchant"
et "Mes plus belles balades en France", devenus des classiques.
Ce globe-trotter anime aussi une émission sur Europe 1 et collabore
régulièrement au Figaro Magazine avec de grands dossiers nature. Yves
Paccalet répond à nos questions...
Qu'est-ce qui vous a donné le goût du voyage et de
l'observation de la faune et de la flore ?
J'ai voulu voir de mes propres yeux cette splendeur
Enfant, j'ai couru ma montagne natale, en Savoie, de forêts
en alpages et en glaciers... Très vite, passionné par les fleurs, les
insectes, les aigles ou les chamois... En même temps, je rêvais sur les
planches du Larousse en 2 volumes que mon père m'avait acheté (dans lequel
j'ai appris à lire et que j'ai toujours) : les oiseaux du monde, les papillons,
la faune des mers... Après mes études de philosophie, j'ai voulu voir
de mes propres yeux cette splendeur, et j'ai embarqué avec Cousteau. Je
continue de voyager, chaque fois que j'en ai l'opportunité.
Vous avez une démarche journalistique, quels messages
avez vous à faire passer sur l'éco-système de
notre planète ?
Nous n'avons plus beaucoup
de temps pour trouver l'équilibre
La planète est sublime. Elle le reste, de ses banquises
à ses forêts vierges, et de ses récifs de coraux à ses plus hautes montagnes.
Mais elle est, partout, sévèrement attaquée par les folies suicidaires
de l'homme : les saccages (déforestation, grands travaux, bétonnage, pêche
industrielle...) et les pollutions (brutales, comme les marées noires,
ou insidieuses -les plus graves, en réalité). Nous n'avons plus beaucoup
de temps pour trouver l'équilibre qui nous permettra de continuer d'évoluer
et de rire sur notre unique vaisseau spatial.
Vos livres nous emmènent au bout du monde mais aussi en France, notamment
à travers la "marche", est-ce votre meilleur moyen de découverte
?
La marche est à l'image
de la vie
La marche permet de jouir du monde par les cinq sens,
à la bonne hauteur et à la bonne vitesse. On touche, on hume, on goûte,
on écoute, on regarde... On peut s'arrêter au moindre brin d'herbe emperlé
de rosée, on
laisse passer les nuages... La marche est à l'image de la vie : on commence
d'avancer, on trouve une
bifurcation et on ne peut plus revenir en arrière. Même si on essaie,
rien n'est plus pareil... La marche
est, en outre, la seule activité dans laquelle les humains qui ne se connaissent
pas se saluent et se sourient quand ils se croisent !
Vous écrivez à la fois sur les thèmes de la mer et
de la montagne, avez-vous une même passion pour ces deux éléments ?
Je n'ai jamais voulu
abandonner l'un pour l'autre
Les deux milieux sont passionnants. Je n'ai jamais voulu
abandonner l'un pour l'autre, ni même en préférer un à l'autre... Pas
plus que je ne veux cesser de pratiquer la philosophie et la poésie, tout
en demeurant amoureux de la science... La montagne est une ascension vers
la lumière, vers le ciel ; plus on monte, plus l'air se raréfie, plus
la clarté du soleil est intense ; l'edelweiss résume ce cheminement vers
les étoiles. La mer est une descente vers le bleu, puis le noir ; plus
on plonge profond, plus la pression augmente et plus la lumière s'en va
; le correspondant de l'edelweiss au fond de l'eau pourrait être le polype
de corail. Les deux mystères de la vie- le monde du haut et celui du bas
- sont indispensables l'un à l'autre, et à moi-même !
Comment sont nées vos rencontres et vos aventures avec
le Commandant Cousteau ? Quel est votre plus beau souvenir avec l'équipe
Cousteau ?
une tempête monstrueuse dans les
40ème Rugissants, au sud de la Nouvelle-Zélande.
J'ai rencontré Cousteau en 1972, et j'ai assuré pour lui
la publication d'une encyclopédie de la mer. Puis,
entre 1975 et 1990, je suis devenu, pour ainsi dire, l'"écrivain
officiel" de l'équipe. J'ai cosigné avec
le commandant environ vingt-cinq ouvrages, qui traitent des aventures
de la Calypso, des baleines,
des dauphins, des requins, de la protection de l'environnement...
L'un de mes plus beaux souvenirs est aussi l'un des plus terrifiants :
une tempête monstrueuse dans les
Quarantièmes Rugissants, au sud de la Nouvelle-Zélande. Panne d'électricité
à bord, des vagues colossales, phosphorescentes, qui semblent désirer
engloutir le bateau... L'idée qu'on va peut-être sombrer, mais en même
temps, l'un des plus sublimes spectacles qui soient...
Quels endroits de la planète vous font le plus rêver
? Et avez-vous des endroits de prédilection ?
Autre région magique
: le Kamtchatka
Un souvenir : au Yunnan, en Chine du Sud-Ouest, entre
la vallée du Yangzi et celle du Mékong, en montant
vers le Tibet. Un col à plus de 4 000 mètres, je grimpe à plus de 5 000.
Je contemple l'immensité de la
Terre, symbolisée par les deux fleuves. Devant moi, parfaite pyramide
de rocs et de glaces, le mont Taizi,
l'une des cinq montagnes sacrées du bouddhisme tibétain. A mes pieds,
une orchidée sauvage des
montagnes, un sabot-de-Vénus jaune... Autre région magique : le Kamtchatka,
tout au bout de la Russie. Des volcans, des ours et des formes de vie
bactériennes analogues à celles qui, les premières, sont apparues sur
la Terre, voici 4 milliards d'années.
Vous avez longtemps vécu en Normandie, comment percevez-vous
cette région ?
Parmi les plus belles balades à pied que j'y recommande : au bout de la péninsule du Contentin
J'ai aimé et j'aime toujours la Normandie. J'y ai vécu
dans des hameaux (Fontaine-la-Verte,
Autheuil-Authouillet) et dans des villes (Vernon). Une sorte de concentré
de ce qui est bon dans l'invention
humaine au Néolithique, il y a 10 000 ans, quand nos ancêtres ont appris
à cultiver les plantes (blé,
seigle, betterave, légumes...) et à élever les animaux (ah! le pis généreux
de la vache normande !).
Parmi les plus belles balades à pied que j'y recommande : au bout de la
péninsule du Contentin, le
sentier douanier qui va du Nez de Jobourg au minuscule port de Goury.
Un concentré d'air marin, de rouleaux
gris-vert, de goélands et de fleurs des falaises...
Vous savez nous faire voyager grâce à la radio et à
travers la télévision, que vous apportent ces
expériences ?
faire aimer le monde
J'aime raconter ce que je vis, ce que je ressens et ce
que je peux comprendre du monde. Pour moi, les
journaux, les livres, la radio, la télé sont les moyens modernes mis à
la disposition du conteur. Bien
entendu, quand on peut s'exprimer, on expose volontiers ses inquiétudes
: les miennes sont grandes.
Mais le "message" le plus important, c'est celui qui consiste
à faire aimer le monde. De là naît le
respect.
Quels sont vos projets professionnels ?
le Kamtchatka, les balades en France...
Plusieurs films de télé en chantier, sur les céréales,
le Kamtchatka, les balades en France... Livres sur les
requins, les plantes, les légendes de la mer et de la montagne, un roman
et même un autre ! J'ai plus de
projets que d'années d'espérance de vie !
Comment voyagez-vous et quels conseils donneriez vous
aux personnes qui souhaitent voyager ?
Le voyage doit correspondre au voyageur, Faire selon son caractère, ses sensations
Le voyage doit correspondre au voyageur. Faire selon son
caractère, ses sensations. Ne jamais aller au-delà
de ce qu'on aime, ni pour la frime ni pour contenter quelqu'un. Le voyage
est un morceau de vie : il faut le vivre comme tel. On ne voyage pas pour
les "vacances", mais par curiosité, par passion, par besoin.
A deux, c'est plus tendre ou plus amical, selon la personne avec qui l'on
part. Avec les enfants, c'est un devoir de père (ou de mère) - une initiation
des jeunes à la beauté et aux désillusions du monde. Le voyage solitaire
est plus littéraire,
philosophique, poétique.