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La rédaction de VOYAGERpratique présente ses sincères condoléances à son équipe de France Inter ainsi qu'à ses proches. Comment êtes-vous arrivée à la radio ? "Dans le sillage d'un ami comédien…"Par hasard, dans le sillage d'un ami comédien qui avait entendu parler de l'équipe un peu folle dirigée par Pierre Codou et Jean Garretto, production de ce qui allait devenir " L'Oreille en Coin " émission culte des années 1970/80.Est-ce que la radio représente une "façon" de voyager ? "Voyager dans les rêves et les passions d'autrui…"Evidemment, voyager dans la sensibilité d'autrui. Le fait de tenir un micro nous autorise à poser toutes les questions que nous n'oserions pas poser autrement. Voyager dans les rêves et les passions d'autrui, c'est apprendre à connaître l'autre, à reconnaître sa différence, et à la respecter.A travers vos rencontres radiophoniques, vous invitez chacun à faire travailler son imagination... "Je cherche à faire entendre les silences, les bruits…"Je cherche à montrer à quel point la vie peut être vivante. J'ai rencontré beaucoup de gens "heureux", simplement, sans tapage. J'ai eu envie de comprendre quelle était la clé de ce "bonheur" qui ne ressemble en rien au bonheur préfabriqué que l'on nous assène à longueur de journée dans les mauvais journaux. J'ai découvert que ces gens "savaient" simplement ce qui les passionnait, et qu'ils étaient près à payer les prix de leur cohérence avec leur désir... Pour faire comprendre leurs parcours, j'ai senti qu'il était plus important de faire entrer l'auditeur dans l'émotion qui les animait que dans un discours rationnel. Je cherche à faire entendre les silences, les bruits parallèles, toutes ces choses insignifiantes qui font la chair humaine. Un bruit de pas sur le gravier ouvrira plus facilement les portes de l'écoute qu'une belle phrase trop bien tournée.Qu'est-ce que vous cherchez à faire passer comme " message " à travers vos émissions ? "Je cherche à créer une connivence…"Je ne cherche pas à expliquer le monde, mais à donner l'envie de l'écouter. La radio m'a appris que dès que l'on adresse la parole à quelqu'un un monde s'ouvre. J'ai envie que les auditeurs à leur tour aient envie de poser des questions. Je cherche à créer une connivence, un état de gourmandise... L'appétit de l'autre et à travers lui, de soi-même. L'autre nous enrichit, de ses courages, de ses doutes surmontés, de ses rêves. Mais je n'aime pas l'idée de messages, je préfère l'idée de partage. Je crois que mes auditeurs et moi, nous partageons le rêve d'un monde un peu plus doux, qui existe, aussi, même s'il est souvent discret.Quel est le "fil conducteur" de votre carrière ? "La restauration de la confiance en autrui"La gourmandise, la restauration de la confiance en autrui. Le monde est sombre, mais il y a beaucoup de petites lumières individuelles. Je trouve qu'on ne leur donne pas assez souvent la "une" des journaux. Je cherche à donner la "une" à des inconnus qui le méritent.Vous aimez beaucoup les gens... ils savent vous rendre l'ascenseur… "Je suis comme une cousine, un peu dissipée, en qui on a confiance"Oui. Magnifiquement. Les courriels, les rencontres dans la rue, les lettres… Une sorte d'esprit de famille. Je suis comme une cousine, un peu dissipée, en qui on a confiance. J'aime la manière dont les gens m'abordent, simplement, naturellement, comme si on se connaissait depuis toujours. Ils m'ont emportée dans leur salle de bain, dans leur voiture, dans leur cuisine, alors évidemment, ça crée des liens.Que représente pour vous le voyage ? un art de vivre ? "Réapprendre à ouvrir les yeux"J'aime voyager. Etre nulle part et partout... Etre en mouvement. Réapprendre à ouvrir les yeux. J'aime profondément ignorer ce qui va m'arriver, et le voyage est l'un des moyens les plus sûrs d'être ainsi, dans un déséquilibre enrichissant. Le voyage est inscrit dans ma culture, ma mère est égyptienne, mon père fut diplomate, je changeais de pays tous les trois ans, et j'aimais ça. J'avais du chagrin de quitter mes amis, mais la gourmandise de changer tout. En changeant de pays, je pouvais me débarrasser des a priori, rejouer mes cartes. J'aime "être ailleurs". Etre ailleurs c'est pouvoir être encore plus soi-même.Ecrire pour vous, c'est un second métier ou une passion ? "Je fais une radio écrite"C'est mon métier premier. Je fais une radio écrite. Soit par le montage des rencontres que je fais (le montage est une écriture. A partir d'un moment vécu, je réécris le scénario idéal), soit parce que mes commentaires, mes interventions sont des textes ou des sketches dont je pèse les mots. Mais je trouve l'écriture papier plus difficile que l'écriture radio. Partir du blanc est évidemment plus violent que partir d'une matière humaine, ou d'une musique.Pourquoi avez-vous choisi d'écrire un livre sur votre métier ? "Parce qu'on me l'a demandé..."Parce qu'on me l'a demandé, dans le cadre d'une très belle collection qui m'avait émue "sagesse d'un métier". L'éditeur, Jean-Claude Behar est venu me le proposer. Ma seule condition ? Qu'il ce que trop souvent les éditeurs ne font plus : son métier d'éditeur. J'ai aimé avoir un partenaire, à qui j'envoyais mes textes, et qui me disait "allez, allez, un petit effort", pour m'amener à penser plus loin. Je ne pensais pas avoir grand chose à dire sur ce métier que je fais "à l'instinct". Ce livre m'a enrichie, enseignée, il m'a obligée à me poser des questions sur ma manière de faire. A nommer ce qui était diffus. Depuis je communique mieux avec une équipe, je transmets mieux. J'ai été heureuse de l'écrire. Un vrai éditeur, c'est merveilleux.Quels sont vos projets ? J'aimerais "mettre en chair" un texte avec lequel je me débats depuis un certain temps. Avoir un contact direct avec ce public que je ne vois pas quand je suis au micro... Entendre ses réactions, densifier l'échange. A LIRE :" La Sagesse d'une femme de radio ", éd. France Inter/L'Oeil NeufPour en savoir plus sur l'émission de Kriss sur France Inter : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/kriss/ |
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