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Philippe Sauve… en 10 questions

Philippe Sauve.JPG
Philippe Sauve a réalisé la traversée de la Sibérie sur le Fleuve Lena. A bord d'un simple canoë de toile, il a parcouru en solitaire 3800 kilomètres à la rame. Un voyage dédié à la Nature.

Découverte…


Quel est votre parcours ?

"Ne trouvant pas de chemin social dans l'univers de l'escalade..."

Ma passion pour la Nature est née de ma pratique de l'escalade. A l'âge de 16 ans, j'ai équipé avec un ami une voie nommée "Lac Huron", côtée 8B.
C'est une cotation extrême. Le fameux grimpeur Patrick Edlinger nous a rejoint en falaise pour essayer la voie. C'était mon idole et j'adorais son mode de vie. Son influence a été un facteur déclencheur dans ma volonté de vivre librement. Ne trouvant pas de chemin social dans l'univers de l'escalade, je suis parti marcher autour du monde.

J'ai découvert l'art précieux de l'écriture. Depuis, je continue de marcher à travers la planète ou de pagayer les fleuves pour trouver les inspirations de mes écrits.

Comment est né le projet SIBERIA et pouvez-nous nous le présenter ?

"le rêve de traverser la Sibérie en canoë…"

Le projet SIBERIA, le rêve de traverser la Sibérie en canoë m'est apparu en juin 1994, tandis que je rentrais en France à bord du Transsibérien.

J'ai vu par la fenêtre du train, au-delà des eaux bleutées du Baïkal, les vastes étendues de la taïga et les immensités se prolongeant jusqu'en Arctique. Devant tant de splendeurs, je me suis promis de revenir arpenter ces terres hautement symboliques.
C'est en mai 2005 que le rêve s'est réalisé. Après plusieurs mois de préparation, je me suis retrouvé assis sur une frêle embarcation de toile, avec devant la proue de mon "navire", 3800 kilomètres de fleuve à pagayer.

Equipement.JPG Rencontre_avec_des_enfants_sioux.jpg

Comment avez-vous pensé votre aventure ?

"J'aime sentir ce qui se passe au-delà de mes limites…"

Je suis parti en Sibérie les mains dans les poches. Sans le souci de charrier depuis la France une tonne de matériel pour ma sécurité. Le plus lourd fardeau était cette confiance en moi que je ne devais pas perdre.

J'aime sentir ce qui se passe au-delà de mes limites, lorsque je m'engage dans une aventure périlleuse. Je n'emporte jamais une machine avec un bouton sur lequel je pourrai appuyer pour appeler au secours, car si j'avais ce bouton, je n'irais pas voir très loin ce qui se passe derrière mes limites. Au fond, on ne sait jamais pourquoi on part.
Les raisons sont floues. Il n'y a qu'au bout du chemin que l'on comprend. Pour ma part, j'ai compris lorsque j'ai pu m'entretenir avec la Nature.

Que représente pour vous l'art de voyager ?

"Voyager c'est se décentrer pour mieux se recentrer sur ce qui fait d'un homme, un être éveillé à toutes les suggestions et les influences de son entourage visible ou non visible".

J'ai écris ces quelques mots lors d'une errance à travers les Etats-Unis. Ils définissent ma perception du voyage.

Sangar_une_ville_siberienne.JPG

Vous êtes à la fois un amoureux de la nature et des grands espaces...

"ce que j'aime quand je pars, c'est de ressentir les liens qui m'unissent directement aux déserts de glace de l'arctique…"

Beaucoup de gens disent qu'il n'est pas nécessaire d'aller au bout du monde pour se dépayser et ressentir la Nature.
Je sais que je peux me ressourcer dans le jardin des plantes de ma ville. Mais ce que j'aime quand je pars, c'est de ressentir les liens qui m'unissent directement aux déserts de glace de l'arctique ou encore aux senteurs de la forêt amazonienne.
Nous sommes liés aux humeurs de la Nature qui se trouve à plus de 10 000 kilomètres de chez nous. Les effets des problèmes environnementaux que l'on met en exergue aujourd'hui en sont la preuve.

Je n'oublie jamais que je ne suis pas un français, un individu limité par des frontières irréelles, mais que je suis un terrien sur une planète en mutation.

Que représente la part sportive et celle de la découverte dans vos aventures ?

"Je n'effectue pas de course et ne recherche pas l'exploit physique…"

Si j'ai commencé mon parcours en étant un grimpeur accompli, je ne me soucie pas aujourd'hui de la part sportive de mes expéditions. Je n'effectue pas de course et ne recherche pas l'exploit physique, même si pagayer 3800 kilomètres demande pas mal d'énergie.

Pourtant si je pagaie ou si je marche durant de longs mois, c'est bien pour renforcer mon corps. Mais c'est surtout pour respecter le dicton qui dit " Un corps sain, dans un esprit sain !".

Je pense qu'il est possible de se forger un corps d'athlète, capable de surmonter toutes les intempéries, et dans le même temps un esprit de savant. Ainsi, je me sens davantage "découvreur", assis sur mon canoë qui m'ouvre des pistes inconnues, où je récolte la connaissance de mes aptitudes physiques et psychiques.

Comment aimez-vous aborder le contact avec les populations ?

"J'ai vu dans le regard de cet Inuit en colère les cinq cents années du génocide amérindien…"

Le canoë me porte vers les populations, vers mes semblables. Il est étonnant de ressentir parfois, dans le comportement des gens que l'on visite, l'histoire qui relit les hommes.

Je songe à cet inuit ivre qui brandissait sous mon nez son couteau affûté et qui me traitait de "putain d'homme blanc", parce que j'écrivais dans mon journal le récit de mes aventures.
J'ai vu dans le regard de cet Inuit en colère les cinq cents années du génocide amérindien. J'ai vu aussi dans d'autres regards d'autres histoires.
Et souvent, celles-ci sont tristes, représentatives de la tragédie humaine. J'aime aller sonder dans le cœur des étrangers cette tragédie émouvante.

Sur_la_berge_de_la_Lena.JPG Un_cavalier_Iakoute.jpg

Vous définissez-vous comme un aventurier de l'extrême ou un découvreur ?

"on découvre qu'il est possible d'exister autrement…"

Je me positionne parfois dans des situations extrêmes qui me font découvrir d'autres aspects de la vie.

A ces extrêmes que l'on atteint en sortant des sentiers battus, en se libérant des contraintes sociales qui abrutissent l'individu, on découvre qu'il est possible d'exister autrement, en étroite relation avec les éléments de la Nature. Cette même Nature qui nous a engendré.

Les régions froides sont vos endroits de prédilection, vos "terrains de jeux"...

"Je peux dire que j'aime le froid..."

En traversant l'Alaska durant l'hiver 1994, j'ai pu voir le mercure du thermomètre descendre à moins 62° Celsius.
Je peux dire que j'aime le froid. A 16 ans, j'avais écris sur un papier la liste de toutes les expéditions que je souhaitais réaliser, année après année. Et en effet, je prévoyais les traversées intégrales de l'Antarctique et de l'Arctique à pied.
Car je pensais que de telles aventures pouvaient attirer l'attention de la Nasa et me permettre ainsi de participer à une expédition spatiale. Je n'ai pas réalisé tous mes souhaits, mais j'ai encore pas mal de rêves.

Quels sont vos projets ?

"un projet que j'ai intitulé "Horizon Dakota"

En mai prochain, je m'engagerai dans un nouveau périple en canoë, sur la rivière Missouri.

C'est un projet que j'ai intitulé "Horizon Dakota" et que je dédie aux populations amérindiennes. Les Sioux ont eu une influence majeure dans ma façon de pensée dès mon plus jeune âge et j'aspire à mieux les connaître.

Après cela, je passerai sans doute du temps à écrire des sujets de fiction, inspirés de mes voyages ou à réaliser une premier long métrage. J'ai le besoin de partager, de penser que je peux améliorer le Monde. Nous avons tous notre pierre à poser sur l'édifice.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Consulter le site web : siberie.monsite.wanadoo.fr


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